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Une nouvelle histoire magique de Kozou.

Il ne s'agit pas cette fois-ci d'un voyage dans une contrée lointaine, mais plutôt d'un bond dans le passé.

C'est au Moyen Age que notre conteur nous entraîne pour nous narrer l'histoire d'un singulier bateleur.

 

Fanch Guillemin2

 

 

Le bateleur de Provins

En ce jour du Printemps 1281, la Foire battait son plein à Provins. Les marchands, les artisans, les drapiers avaient envahi la « Grand Place» du bourg pour quelques jours et quelques nuits.

La Foire était aussi l'occasion de fêtes et d'amuseries avec maintes troupes de baladins, de musiciens, de danseurs, de jongleurs, d'acrobates et de bateleurs. Si Provins était appelée la cité des trouvères, c'est certainement à cause de ses grandes fêtes.

Trois jours, qu'un bateleur en particulier amusait et divertissait la foule avec ses tours, ses gobelets de cuivre, ses muscades, ses cordes mystérieuses et ses histoires magiques.

Trois jours, qu'à la fin de sa prestation, il passait son chapeau dans la foule présente devant son tonneau qui lui servait d'étal pour récupérer quelques offrandes en récompense de son travail. Offrandes sous forme de victuailles bien souvent mais parfois aussi, quelques écus tombaient dans son feutre (Tabarin).

Au troisième jour de la Foire, le maire de la ville, du nom de Guillaume Pentecôte, accompagné pour l'événement du roi de Navarre Thibaud de Champagne déambulaient parmi les allées et s'arrêtèrent devant l'étal du bateleur.

« Oh là bateleur ! J'ai entendu parler de toi et tes exploits sont venus jusqu'à mes oreilles. J'ai ouï dire que tu serais l'enchanteur que Provins n'a jamais eu jusqu'à ce jour. Mais je doute de tes pouvoirs. C'est pour cela que nous sommes là.

Étonne-moi bateleur! Étonne aussi Thibaud roi de Navarre présent à mes côtés.

Étonne-nous mais avec des choses simples, pas comme tes gobelets de cuivre qui sont certainement trafiqués tout comme ta corde de chanvre l'est sûrement aussi. Si tu arrives à nous étonner bateleur, avec le roi nous saurons te récompenser généreusement. »

« Maître, Monseigneur, dit le bateleur, je veux honorer votre demande et pour retirer tous soupçons des choses simples en avez-vous sur vous ? »

Le maire mis la main dans son sac et en sortir quelques fruits et légumes secs pris au hasard sur des étals voisins. Il y avait  là, une noisette, une amande, une fève, une noix et une pistache (qu'un chevalier avait rapportée lors de sa dernière croisade).

« Si tu as les pouvoirs que tu prétends avoir, fais-nous donc quelque chose avec cela.

Et si tu nous étonnes bateleur, sois-en certain, avec le Roi de Navarre, nous saurons te récompenser généreusement. »

«Monseigneur, Messire, dit le bateleur, votre défi est bien difficile mais pas insurmontable

« Que comptes- tu faire bateleur ? »  soupira Guillaume Pentecôte.

« Oh pas grand-chose Monseigneur. Je vais juste recouvrir ces cinq fruits secs avec ce tissu, puis je me retournerai...... »

« Et après ? » interrogea le maire.

« Après et lorsque je le dirai, vous glisserez votre main droite sous le tissu, saisirez l'un des fruits et sans le regarder, ni le faire voir à quiconque, vous le déposerez dans l'un de ces deux paniers d'osier que je vous indiquerai ; panier de droite ou panier de gauche.

À la fin, je devrai deviner, pour vous prouver mon pouvoir, quel est le nom du fruit que vous aurez déposé dans le panier de droite.

Mais avant cela Maître, vous devez me dire quelle sera votre générosité si je réussis à vous étonner vous et Monseigneur Thibaut de Champagne. »

« Tu ne manques pas d'aplomb bateleur, répondit le maire,  j'aime cela. Et bien, si tu réussis, je ferai remplir ton gros tonneau qui te sert de table du fruit deviné.  »

Messire Thibaut ajouta : «  Et puis moi, Roi de Navarre, tout en désignant la charrette du drapier de l'étal voisin, moi je te donnerai autant de tonneaux remplis du fruit que tu auras deviné que peut en contenir cette misérable charrette. Cela te convient bateleur ? »

« Excepté la quantité, c'est en victuailles que je suis le plus souvent récompensé... Très rarement avec des écus. »

« Très bien, puisque nous sommes d'accord, tu peux commencer saltimbanque. »

Le bateleur aligna soigneusement du bout des doigts les cinq fruits et les recouvrit du tissu de jute, puis se retourna pour ne rien voir.

Le silence était pesant, les regards se croisaient dans l'attente de ce qui allait se dérouler.

« Maître Guillaume êtes-vous prêt ? »

« Oui, bateleur, je suis prêt. »

« Glissez votre main droite sous le tissu. Saisissez l'un des fruits et ressortez votre main poing fermé et bras en l'air. »

« C'est fait ? »

« Oui. »

« Maintenant déposez en ayant toujours le poing fermé le contenu de votre main dans le panier de droite.  C'est fait ? »

« Oui. »

« Alors reposez le couvercle monseigneur, nous allons pouvoir continuer. »

Cette opération recommença deux fois encore avec le même procédé. Les deux fruits suivants furent déposés à leur tour dans le panier de droite.

Pour le quatrième fruit, le bateleur demanda à Guillaume de déposer le fruit dans le panier de gauche.

Arriva le dernier passage de la main sous le tissu et le bateleur pria Guillaume de le déposer dans le panier de droite.

« C'est fait ? »

« Oui. »

« Il n'y a donc plus de fruit sous le tissu ? »

« Non. »

Toujours sans se retourner pour ne pas lever le moindre soupçon d'une éventuelle tricherie, il annonça d'une voix forte pour que toute la foule puisse entendre.

« Maître, je pense, enfin j'en suis certain, que vous avez déposé dans le panier de gauche...

... LA NOIX !

Pouvez-vous ouvrir le panier et en vérifier son contenu ? »

Le maire bomba le torse, jeta un regard fier sur la foule, souleva le couvercle du petit panier d'osier. Puis se saisit du fruit qu'il avait reconnu rien qu'au toucher et leva la main pour exhiber le fruit à tous. C'était bien la noix.

La foule applaudit. Guillaume était fier, comme si tous ces applaudissements lui étaient destinés. Comme si c'était lui qui avait accompli ce bel exploit. Il savourât cette liesse quelques minutes, puis ajouta satisfait :

« Tu nous as bien étonnés bateleur, tu mérites un tonneau de noix. »

« Euh, une charrette de tonneaux de noix, rappela le Roi de Navarre, je comprends maintenant pourquoi tu es le meilleur bateleur que la Foire de Provins n'ait jamais eu. »

Le bateleur, très révérencieux pour une fois, baissa humblement les yeux.

« Mais comment as-tu fait cela ? » lança Thibaut.

« Je ne peux le dire Monseigneur. Amis, sachez que ce n'est pas grand-chose pour un bateleur digne de ce nom...

... Par contre un enchanteur, un sorcier peut faire mieux, bien mieux. »

« Comment cela ? »  lui répondit Guillaume

« Que dis-tu là ? » ajouta Thibaut

« Oh rien. Je n'ai rien dit. » murmura le bateleur. 

« Mais si ! Tu as laissé entendre que tu pouvais faire mieux, dit le maire, alors fais » insista t'il.

« Oui, je veux bien tenter la chose. Mais vous maintenez toujours votre générosité, le tonneau, euh, la charrette de tonneaux ? »

« Oui, oui, absolument, sois en certain bateleur. Nous maintiendrons ce que nous t'avons promis. »

« Très bien. Pouvez-vous me présenter la noix que vous avez en main ? Elle est bien fermée, n'est-ce pas ? » 

«Oui absolument »

« Savez-vous Monseigneur que l'on dit souvent que ce fruit est le symbole du mystère et du rêve... On ne sait jamais ce qu'elle renferme... Une noix, qu'y a t il à l'intérieur d'une noix ? »

« Cela ferait une belle chanson. » susurra Thibaud de Champagne, qui n'était pas pour rien surnommé « Thibaud le Chansonnier ».

« Posez donc la noix sur mon tonneau. Je suis sûr Monseigneur que vous mourez d'envie de connaître le contenu de cette noix ? »

Les deux personnalités acquiescèrent d'un hochement de la tête.

« Nous allons donc le savoir. Vous maintenez toujours votre générosité, le tonneau, la charrette de noix ? »

« Mais oui ! Puisque nous te l'avons promis. » répondirent impatients le maire et le roi. « Allez ! Vas-y ! Ne nous laisses pas languir bateleur. »

« Vous ne le regretterez pas n'est-ce pas ? »

« Non, vas-y... Ouvre-là donc cette noix ! »

« Ouvre-là ! Ouvre-là ! » cria la foule.

Un forgeron, présent au deuxième rang, lui tendit même une pince pour accélérer la révélation.

Le bateleur pris la pince et le silence d'un seul coup se fit sur la grand-place de Provins.

Doucement le bateleur saisit la noix entre le pouce et l'index de la main gauche, approcha la pince et appuya d'un coup sec sur le manche de celle-ci.

Un grand crac rompit le silence, la coquille se fracassa laissant apparaître un bel écu d'or.

« Oh !!! » lança la foule émerveillée et heureuse d'assister à un exploit bien plus grand que le premier.

« De diou ! Une charrette d'écus pour le bateleur. » s'écria le drapier.

Guillaume Pentecôte le Maire de Provins et son hôte Thibaut de Champagne Roi de Navarre ravalant difficilement leur salive promirent qu'ils honoreraient leur généreuse promesse faite au bateleur devant tant de monde.

« Attention, je ne suis qu'un bateleur, un enchanteur, un faiseur de rêves... Peut-être un sorcier mais certainement pas un voleur ou ni un brigand. Je ne vous demanderai donc que ce tonneau qui me sert d'étal soit rempli d'écus d'or et lui seul. Pour le reste, la charrette de noix, elle sera offerte aux gueux de Provins durant toute la durée de la Foire. »

Trois jours après le bateleur reçu sur la grand-place et devant le tout Provins son tonneau rempli d'écus.

On dit que le bateleur fit des heureux parmi les pauvres et déshérités de la ville et de la région. On dit aussi qu'il offrit une grande partie de sa richesse à la léproserie de Provins.

Jean-Marc Mourier "Kozou" Janvier 2008

 


 

   
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